Un monde collectivement suicidaire aurait trouvé soudain un miroir où contempler sa chute : les données sur le climat et le cours des valeurs boursières. Pourquoi ? pour rien. Nonsense, donc. La négation de la politique aura abouti à un gaspillage des ressources naturelles, matérielles et maintenant financières sans précédent. A la pure spéculation de l'esthétique Duchampienne aura correspondu un demi-siècle plus tard une folie sur le marché des valeurs. N'oublions pas que cet état de fait a été rendu possible par des moyens de télécommunications et de traitement de l'information qui n'auront jamais été aussi puissants. Les effets d'accélération des processus immatériels les plus fous conduisent l'humanité à percuter un mur que nous avions tendance à oublier, les yeux sur nos petits écrans : la réalité. Et celle-ci se vengera durement. En commençant par nos chères, si chères démocraties.

En premier lieu, tous les idéologues les plus obscurantistes voient dans ces tristes constats la preuve du bien fondé de leurs pulsions totalitaires et liberticides : islamistes, néo-conservateurs, ultra-nationalistes russes et chinois, la liste est longue... 1929 a engendré Staline,Hitler, Mussolini, Franco et consorts. 2008, quel sinistres rejetons sont-ils en gestation ? Une ploutocratie médiatique et technologique orwellienne ?

En deuxième lieu, le coût social ne pourra tout simplement pas être supporté dans le fonctionnement actuel du système. L'Etat est en faillite sinon idéologique en tout cas financière. La solidarité du welfare state ne pourra donc pallier les multiples précarités et les ruines individuelles en cours.

En troisième, le monde devenu - du fait de l'affaiblissement économique, militaire et diplomatique des USA - multipolaire et conflictuel ne pourra pas trouver de solution globale. Tout au plus des ensembles régionaux comme l'Europe ou des pays continents comme l'Inde, la Russie, les USA et la Chine devront trouver en eux mêmes les ressources du redéveloppement. Les marches de ces empires seront, ça a déjà commencé, surmilitarisées et en guerre permanente.

Or, l'urgence est avant tout humaine : des millions de victimes d'épidémies non maîtrisées, d'accidents climatiques ingérables et de crises alimentaires à répétition sont prévisibles. Notre appareil politique comme nos économies démocratiques sont aujourd'hui inadaptés. Il ne sert à rien d'invoquer l'union nationale : il ne s'agit précisément pas de nation mais de civilisation.

Sur quel modèle voulons nous partager ce monde, cet air, cette terre, ces mers ? Quel statut pour l'individu, le groupe, l'organisation économique ? Faute d'idée claire à ce sujet, je pencherai pour l'inspiration des ONG qui reconstruisent après un conflit ou une catastrophe. Des micro-structures, de la proximité, des échanges sur le tangible, la modération et la réciprocité.

Nous avons la chance d'assister à l'émergence d'un nouveau monde dans le bruit et la fureur, si nous voulons survivre à sa naissance il nous faudra nous relier autrement. L'amitié ?