La belle de Choisy pique encore, tisse et tricote avec une habileté confondante des histoires plus subtiles et distanciées qu'il n'y parait. Non, mesdames ses admiratrices, venues en bataillons serrés célébrer votre grand-mère indigne à toutes, Louise B n'est pas l'icône des petites filles violées et traumatisées par les amours adultérines et incestueuses d'un vilain papa. Ce n'est pas non plus la revanche castratrice des éternelles menacées par le phallus aiguille qui transperce et menace la psyché dans la moiteur des chambres d'enfant. C'est bien plus que cela. C'est une (ré)citante qui tapisse à New York et ailleurs comme d'autres à Bayeux ou Corinthe une (re)présentation de ses (ré)miniscences d'une navette incessante et intransigeante. Encore que. Louise B (re)pose la question des mémoires inventées. Louise B après Marcel P. En ce sens, elle pourrait situer son travail dans le fil des surréalistes. Son influence parait d'ailleurs évidente sur les scénographes et les chorégraphes depuis sa première grande exposition américaine en 1982. Jan Fabre, pour ne citer que lui.

Louise B assemble et rassemble. Soigneusement. Découpe et rapièce. Avec délectation. Joue et déjoue. Se joue de nous. Malicieuse. Sans malignité ? Les significations énoncées à l'emporte le vent des émotions par un commissaire d'exposition visiblement trop impliqué et concerné pour instruire des cartels sans pathos font partie de la toile soyeuse dont Louise B use pour engluer nos peurs. Et Louise B est une jolie prédatrice dont je pourrais imaginer le ventre ridé, orné d'un crucifix fripé et garni de dents encore charmantes, une épeire ravissante qui fuit le formol qui l'attend, pourtant. "Une tuerie" dirait un adolescent de 2008. Une adorable manipulatrice. Une Eve à la Mankiewicz qui aurait survécu, une mamie warholienne, une tasse de thé à l'arsenic sans dentelles. Définitivement amorale.

Nous ne dirons rien du dispositif bricolé par Beaubourg, les téléviseurs en contre-jour dans le hall d'accès au restaurant bling-blang résine "Georges", les sculptures à toucher les tuyères du plafond, les cartels ineptes, etc.. Il semblerait que le négligé et la désinvolture du Palais de Tokyo ait fait des émules. Toute cette pauvreté est rattrapée par un découpage sobre qui respecte une logique à la fois chronologique et formelle. Je retiendrai ses têtes, que je ne connaissais pas, et sa virtuosité tapissière que l'exposition de 1998 au Capc de Bordeaux n'avait pas mis en scène de façon aussi flagrante. Merci donc pour ce geste d'exposition et courage aux employés de Beaubourg, il semblerait que les temps soient là aussi de plus en plus difficiles...

Inscrire ses obsessions - elle parlerait de traumatismes pour nous émouvoir à coup sûr - dans le latex, la bourre et le marbre, installer autant de symboles dans aussi peu d'espaces clos sans injurier le regard ou l'esprit, narrer et s'amuser des identifications avec cette justesse est la marque des très grands. Peut-être méritait-elle mieux ?

les photos sont extraites du site : http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-bourgeois/ENS-bourgeois.html