L'énigme Gerhard Richter
Par renaud gaultier, mercredi 12 mars 2008 à 11:11 :: pictural :: #33 :: rss

Grand parmi les grands de la fin du XXème, le peintre allemand aura signé une oeuvre singulière, toujours en écho à l'époque, toujours à l'écart des modes.
Autant l'avouer tout de suite, j'ai raté l'exposition Richter au musée d'Art Moderne de la ville de Paris en 1993. Et je m'en veux. D'abord parce qu'il ne faut plus trop compter sur l'administration française pour montrer de la peinture et surtout pas la sienne, encore que les choses peuvent changer et les vents tourner... C'est dommage, la rétrospective de New York, "40 years of painting", montée en 2002 par Robert Storr est passée par Edimburg l'an dernier avant d'atterrir à Baden Baden cette année. Et aussi parce que la méthode de Richter et son approche faussement simple m'aurait certainement beaucoup enseigné.
D'abord, il y a son Atlas. Richter compile. Tout. La petite comme la grande histoire. Des photographies. Il classe. Selon des critères qui lui sont propres. Il peint.
Né en 1932 à Dresde, son histoire a plus que croisé la grande histoire : Hitler et Staline. Le bombardement de Dresde. La DDR et la RFA. Les écoles de Dresde et de Francfort. Il a vu à Paris les Nouveaux Réalistes et les artistes Pop. Il a travaillé, entre autres, avec Sigmar Polke et Georg Baselitz. Il a porté comme beaucoup de ses contemporains, la violence du nazisme dans sa mémoire et sa chair. Hommes de sa famille tués au combat, tante handicapée victime d'euthanasie. Il a peint ses proches et des grandes figures de la culture. Il a peint des avions de chasse et la bande à Baader. Des squelettes, des bougies et des pommes...
Ni pop, ni Dada, ni néo classique, ni conceptuel, ni minimal. Ni abstrait, ni figuratif. les deux. Lui. Tout seul. Sans excès. Sans spectacle. Il a interrogé le monde, cet héritage terrible en Allemagne, avec une grande humanité. Une culture profonde, occidentale. Une grande technique aussi.
Un propos qu'il a tenu en 1986 éclaire partiellement la question du sens de son travail : «Mes paysages ne sont pas uniquement beaux, nostalgiques, romantiques ou classiques dans leur âme, tels des paradis perdus, ils sont surtout trompeurs. Par trompeurs, j’entends dire que nous transfigurons la nature en la regardant, la nature qui, sous toutes ses formes, est constamment notre adversaire puisqu’elle ne connaît ni sens, ni clémence, ni pitié, parce qu’elle ignore tout, est totalement dépourvue d’esprit». Sa relation au réel, qui le conduit à transcender l'opposition entre abstraction et figuration, est bien celle d'un poète, d'un re-créateur d'un monde donné voire abandonné sans raison d'être sous nos yeux. De la même manière, se réapproprier la mort douteuse des membres de la Rote Armee Fraktion vise peut-être à restituer l'humanité perdue dans la folie meurtrière et la réclusion d'Etat des apôtres du matérialisme historique le plus sectaire. Peut-être. mais je n'en sais rien. Et pourtant je suis touché.
Car à regarder son œuvre, je suis pénétré d'un sentiment de mystère. Tant d'interprétations de l'œuvre, un foisonnement complexe dans des images apparemment si simples. Porteur d'une irréductible étrangeté, Richter perpétue l'énigme de la peinture. Couches après couches. Sous le flou, une incroyable précision des sentiments.
J'irai bien à Baden Baden.



http://www.gerhard-richter.com/home
"40 years of painting", Robert Storr, Museum of Modern Art New York, 2002.
http://www.uqtr.ca/AE/Vol_10/libre/paquet.htm
Commentaires
1. Le mardi 29 juillet 2008 à 09:58, par Arnaud
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