Autant le dire, je n'ai pas fait partie de ce groupe d'admirateurs né de la lecture du récit des aventures de Fabienne Verdier en Chine : "passagère du silence", que j'ai trouvé parfois un peu complaisant. Cependant la sincérité de son travail et de sa démarche m'inspirent le respect. Les artistes qui remettent en question l'égo et se préoccupent de peindre sont rares, très rares. Et du soi, il n'est question que de cela dans cet entretien.

De ses voyages intérieurs hors des limites de l'égo elle tire une abstraction certes très empreinte d'orientalité mais qui la globalise. Sa maîtrise patiente des laques, son temps d'élaboration des encres fait partie intégrante de sa pratique. "je laisse faire le temps tout en travaillant. Je laisse émerger ce qui se présente. Par la répétition constante, l'exigence intérieure, la banalisation apparente des gestes, les certitudes s'effacent. Je suis enfin "libérée". C'est alors que avec ardeur, une grande ferveur, un amour total, que j'adhère au vide. Dans ce vide, j'abîme ma pensée. je suis ma propre voie, solitaire et profondément vivante."

Aujourd'hui, Fabienne Verdier peint debout sur une toile renforcée. Au centre du mouvement du pinceau, entre ciel et terre. Je me demande encore si ce maître ne cherche pas la perte ultime, l'extinction du désir dans sa peinture qui trace l'inachevé de toute vie.

Sa dédicace, "bon voyage au sein de l'indistinct", m'incite à la suivre sur cette voie.

Au moment ou précisément, les formes commencent d'émerger dans mon travail, la route promet d'être sinueuse.